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« La terre,
sous mes pieds,
n’est qu’un immense
journal déplié.
Parfois une photographie passe,
c’est une curiosité quelconque
et des fleurs monte uniformément
l’odeur,
la bonne odeur
de l’encre d’imprimerie. »

Élise Girardot, janvier 2020

Catalogue « Faîtes vos jeux », texte de Dominique Marchès 2014.

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Hervé Le Nost pose dans son travail, depuis plusieurs années, la question des enjeux de la sculpture. Comment l’interroger, la concevoir, la produire ? Cela implique de sa part une réflexion concernant le style, son évitement, l’échelle, l’espace, la couleur, la technologie, une narration plastique qui vient nouer intensions et sources. La réflexion est mobile, elle trouve ses vecteurs par la statuaire, l’installation, le dessin, la photographie, la numérisation, la vidéo, la céramique, avec une nécessité de pertinence.

« Pas étonnant qu’Hervé Le Nost fasse parler les images. Il en résulte un jeu de pensées, l’expérience d’un terrain de jeu constitué d’assemblages visuels : des rébus où les images photographiques remplacent les lettres et les mots. Les sujets visuels assument l’humour, le farfelu, l’absurde. « Nous jouions avec les images et il n’y avait pas de perdants » disait Paul Eluard à propos des jeux surréalistes. »

Les personnages d’Hervé Le Nost prennent de multiples formes. Partout, on perçoit des regards, des rictus, des attitudes faites de marabouts ou de bouts de ficelles. Aux antipodes d’une représentation humaine, les objets semblent pourtant animés d’un souffle absurde et décalé. Ils exultent, prêts à éclater d’un rire grinçant. Ce réalisme n’est pas le fait du hasard. Chaque assemblage provient d’une rencontre entre l’artiste et une information extérieure : un film, une conte, une ville. La recherche se développe à partir d’une pratique déambulatoire et photographique. À l’affût, l’artiste glane structures, couleurs, matières et agencements observés autour de lui. Les photographies constituent un réservoir, une boîte à outils. Ce carnet de voyage est remanié lors de la seconde étape : la sculpture. Après avoir puisé dans son florilège d’images, Hervé Le Nost assimile, digère et ré-investit les formes dans l’espace. Les sculptures parfois monumentales se composent par empilement ou accumulation. Leurs modes de fabrication empruntent au bricolage une spontanéité devenue résistance. L’artiste s’engage dans un processus assumé de perte de contrôle. Aussi, la céramique, le verre ou le plastique sont autant d’outils déployés au même titre que la photographie elle-même. Les matériaux et les sujets sont détournés, déroulant une succession de corps étranges, parfois anthropomorphes. Par ces jeux formels, l’artiste explore sans cesse une infinité de possibles combinaisons. Il transfigures les échelles, les modes de représentation. Ici, on aperçoit la proue d’un bateau, là, le cabinet de curiosités d’un probable récit de science-fiction.

Déconstruction et reconstruction deviennent le leitmotiv de la pratique artistique. S’il renverse les codes de la statuaire classique, Hervé Le Nost renoue aussi avec la technique du modelage. Ses bustes et vases présentés sur des promontoires démantèlent les codes esthétiques. Dans un aller-retour constant entre les mondes du jeu et de la fête, maquettes et origamis côtoient puzzles et boules à facettes. Ces monstres trop colorés pour être effrayants prennent la forme d’un Puissance 4 géant, d’un Rubik’s Cube, d’un LEGO ou d’un canard gonflable. Les œuvres sont des farces, des fictions inspirées tour à tour de la bande dessinée ou de la télévision. En 2014, Hervé Le Nost évoque la célèbre série Le Prisonnier. Au festival de l’Estran à Trégastel, il rejoue l’imagerie des années 1970 en réalisant le polyèdre qui hante le personnage principal, un agent secret britannique enfermé dans une mise en scène surréaliste. La symbiose de la culture dite « populaire » et de sujets historiques comme Les Songes drolatiques de Pantagruel¹ de Rabelais, ancre la pratique d’Hervé Le Nost dans une rupture continuelle.

Enfin, il revient sur ses pas et investit l’espace public de sculptures joyeuses grandeur nature, catapultées par un esprit bizarroïde. L’imaginaire caustique aux couleurs tranchées côtoie les univers bétonnés des cités scolaires ou autres bâtiments publics. Dans un monde qui tend à développer les usages immatériels, Hervé Le Nost reste en première ligne de la matière modelée à l’infini. Il poursuit son irrémédiable envie de kitsch, de légèreté, de poésie fantasque.

André Breton, Poisson soluble, 1924.

1. Les Songes drolatiques de Pantagruel constituent une série de 120 gravures publiées par Richard Breton en 1565 sous le nom, usurpé, de François Rabelais. Les planches représentent une série de figures hybrides, monstrueuses et grotesques, évoquant parfois les peintures de Bosch ou de Bruegel.

Bourses

Aide à la création DRAC Bretagne

2018

Lauréat de la “Villa Médicis hors les murs” New-York

1988

Lauréat Prix régional à la création artistique Bretagne

1995

AFAA à Montréal

1995

Bourse du FIACRE (Drac Bretagne)

1988

OFAG à Cologne Wachsfabrik Kunstzentrum

1983

Fondation Henry Clews La Napoule

1989

Résidences d’Art en Dordogne à Monpazier

1998

Artiste professeur invité Université d’Art et Design du Shandong

2017

Artiste professeur invité Plateforme E-art Hangzhou Chine

2017

Taoxichuan Jingdezhen International studio Chine

2017

Longli international new media festival art season

2017